Depuis plusieurs années, le CBD alimentaire navigue dans une zone grise réglementaire en Europe. Apprécié pour ses vertus apaisantes et sans effet psychotrope, il est de plus en plus consommé sous forme de gummies, huiles, sucres ou cookies. Mais derrière cette popularité croissante, une question reste en suspens : quand le CBD alimentaire sera-t-il enfin officiellement reconnu au niveau européen ? En 2025, les lignes pourraient enfin bouger.
Qu’est-ce que le CBD alimentaire ?
Le CBD (cannabidiol) est un composé naturel extrait du chanvre. Contrairement au THC, il n’altère pas la conscience et n’entraîne aucune dépendance. On parle de CBD alimentaire lorsqu’il est intégré dans des produits destinés à la consommation : huiles, gommes, chocolat, miel, infusions, sucre, ou encore sel.
Cette forme d’utilisation est prisée pour ses effets relaxants doux, souvent recherchés pour lutter contre le stress, l’anxiété ou les troubles du sommeil, sans avoir à fumer ni à utiliser des gouttes d’huile sous la langue.
Où en est la législation aujourd’hui ? Un casse-tête européen
Depuis 2019, la Commission européenne considère le CBD alimentaire comme un « Novel Food » (nouvel aliment), c’est-à-dire un ingrédient qui n’était pas consommé en quantités significatives en Europe avant 1997.
Problème : pour être autorisé, un produit classé Novel Food doit obtenir une autorisation spécifique, validée par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments). Or, en 2022, l’EFSA a suspendu l’évaluation des dossiers CBD, évoquant un manque de données scientifiques sur la sécurité du cannabidiol à long terme.
En parallèle, chaque pays membre applique ses propres règles, parfois contradictoires. En France par exemple, les produits alimentaires au CBD sont tolérés s’ils ne contiennent pas de THC détectable, mais restent dans une forme d’encadrement non définitif.
Une reconnaissance en 2025 ? Les signes d’un changement imminent
Malgré cette complexité, des signes d’ouverture apparaissent :
L’EFSA a repris certains échanges avec les porteurs de dossier CBD, dans le but d’aboutir à une autorisation d’ici fin 2025.
Plusieurs décisions de la Cour de justice de l’Union européenne ont conforté la légalité du CBD non psychotrope dans les échanges intra-européens.
Des entreprises du secteur ont réuni des données toxicologiques robustes pour appuyer leurs demandes d’autorisation.
La pression des consommateurs et des acteurs économiques se fait de plus en plus forte.
Autrement dit, les institutions européennes n’ont plus le luxe d’ignorer le sujet. Soit elles prennent les devants et encadrent le marché, soit elles continuent à favoriser l’opacité et les pratiques douteuses.
Ce que cela changerait concrètement
Une reconnaissance officielle du CBD alimentaire au niveau européen aurait des bénéfices concrets :
Transparence pour le consommateur : savoir ce qu’on consomme, dans quelles conditions, avec quelle qualité.
Encadrement pour les producteurs : fin de l’insécurité juridique, possibilité d’innover avec clarté.
Sécurité sanitaire : dosage maîtrisé, traçabilité des ingrédients, contrôles renforcés.
Harmonisation du marché : fin des différences absurdes entre pays de l’UE.
C’est une étape indispensable si l’on veut professionnaliser le secteur et éviter que le CBD alimentaire soit relégué à une niche “underground”, malgré sa légitimité et ses bienfaits.
En France, quelle est la situation ?
En 2024, la France a assoupli sa position, en autorisant la vente de produits alimentaires contenant du CBD sous certaines conditions strictes : absence de THC, conformité aux normes sanitaires, et traçabilité du chanvre.
Mais aucune autorisation Novel Food n’a encore été officiellement délivrée, ce qui freine l’innovation et empêche certains produits (notamment importés) d’être vendus librement.
Sortir de la zone grise, une nécessité
Le CBD alimentaire n’est ni une mode passagère, ni une pratique marginale. C’est une réelle alternative de bien-être, adoptée par des millions de consommateurs européens.
Continuer à maintenir ce marché dans l’incertitude réglementaire revient à abandonner les acteurs honnêtes au profit d’opérateurs peu scrupuleux. Il est temps que l’Union européenne prenne ses responsabilités et reconnaisse officiellement l’usage du CBD dans l’alimentation. Le cadre est là. Les données sont là. Il ne manque que la volonté politique.